Depuis bien des années, Yoichi n'était pas rentré dans sa ville natale, trouvant divers prétextes, professionnels pour la plupart, pour repousser l'échéance. Seule la mort de son père le forcera à rentrer. Là, lors de la veillée funèbre, rejaillit une multitude de souvenirs, doux comme cet après-midi de printemps passé à jouer sur le plancher du salon de coiffure de son père ou tragiques comme l'incendie qui ravagea sa ville en 1952 et précipita le divorce de ses parents qui fit basculer sa vie quatre ans plus tard.
Le Journal de mon Père
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Avis de la Rédaction
/!\ Cette critique contient des spoilers /!\
Yoichi Yamashita, un commercial de Tôkyô, retourne dans sa ville natale, Tottori, après une absence d'une quinzaine d'années suite au décès de son père. Ce retour au pays lui fera se remémorer son passé, l'histoire de sa famille, déchirée suite au grand incendie de Tottori en 1952. La mort de son père lui permettra de réfléchir sur leur relation, leur éloignement et d'en apprendre plus sur cet homme qu'il n'a que peu connu.
"Moi qui n'étais pas revenu dans ma ville natale depuis plus de dix ans, je découvrais peu à peu des facettes de mon père qui m'étaient inconnues. Je prenais conscience du fossé que j'avais creusé pour échapper à tout dialogue avec lui." - Le Journal de Mon Père.
Taniguchi nous livre ici un manga intimiste, à la limite de l'autobiographie qui nous plonge dans le Japon des années 60. L'histoire de Yoichi est particulièrement touchante car elle est pourrait être celle de n'importe qui, ou presque. En tout cas, je sais que certains points de la culpabilité de ce fils qui s'est éloigné de ses parents me touchent personnellement (note pour plus tard : absolument aller voir mes parents plus souvent !). Finalement, il ne se passe pas grand chose pendant ces 277 pages, à part l'incendie, et pourtant Taniguchi arrive à dépeindre une histoire prenante et touchante. Sur fond léger d'évolution du Japon et avec un travail d'archive visible sur le Tottori des années 50 et 60, Taniguchi nous dépeint une ambiance très nostalgique et à la limite de la mélancolie. Il arrive avec brio à nous faire nous attacher à cette famille recomposée. Pour moi, le travail sur le personnage de Takeshi, ce père dont le sens de l'honneur aura des conséquences sur son mariage est emblématique du talent de Taniguchi : en nous contant quelques souvenirs de Yoichi à moitié effacés, quelques passages de sa vie à travers son fils puis les autres membres de la famille, l'image qu'on a de lui évolue d'un acharnement borné jusqu'à un amour paternel pudique.
Les ressemblances avec Quartier Lointain sont nombreuses, surtout au niveau de l'ambiance, de l'atmosphère nostalgique et de la relation entre le héros et de son père mais le côté fantastique de Quartier Lointain permet une action directe sur le déroulement de l'histoire. Je trouve que ceci engendre un peu d'optimisme et une impression de pouvoir changer les choses. C'est peut-être pour ça que je préfère Quartier Lointain, d'ailleurs.
Malgré les quelques pages écrites à la fin du tome par Taniguchi sur sa propre vie et les aspects autobiographiques de cette oeuvre, on ferme le tome avec une irrépressible envie d'en savoir plus sur lui tout en réprimant un début de larme sur les moments gâchés entre Yoichi et son père. On entendrait presque Taniguchi nous susurrer à l'oreille : "La famille, c'est important."


























